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08/09/2014
La protection des intervenants sur les voies rapides de circulation
Le contenu du projet de la procédure opérationnelle a été évalué lors d’un exercice « grandeur nature » organisé en pleine circulation sur le Ring 0 de Bruxelles, à hauteur de Beersel, le 9 avril 2011. Ici, un exercice de jour avec la voie de droite neutralisée. © Thierry Huet
Les accidents dramatiques de sapeurs-pompiers en intervention sur le domaine routier, on le sait, font des ravages dans l’Hexagone, mais aussi outre-Quiévrain. Les accidents et les mesures prises par les sapeurs-pompiers belges donnent des pistes de réflexions intéressantes.

Deux accidents mortels récents, dont furent victimes des sapeurs-pompiers belges en intervention sur autoroute suite à un accident de circulation, ont rappelé à notre souvenir la tragédie de Loriol. Ils ont remis en évidence la nécessité d’une approche réfléchie et multidisciplinaire de la protection des secouristes intervenant sur des voies rapides de circulation. Bien avant ces accidents tragiques, un sapeur-pompier infirmier gradué est mortellement blessé le 29 juillet 1998 lors d’une intervention pour accident de la circulation à Diegem, dans la banlieue est de Bruxelles. Les pompiers de Zaventem, où travaillait la victime, se mettent immédiatement à l’œuvre pour qu’un tel drame ne se reproduise plus. La zone d’intervention de leur service d’incendie est en effet traversée par de nombreuses voies rapides, autoroutes, rocades, routes nationales, et les interventions pour AVP y sont fréquentes. Des études pratiques sont réalisées, amenant autour de la table des hommes de terrain, policiers fédéraux des unités spéciales des autoroutes, policiers locaux, gestionnaires d’autoroutes et sapeurs-pompiers.

Les premières conclusions mettent en évidence trois priorités. Tout d’abord, le choix d’un véhicule léger pour le balisage et la signalisation. Puis, l’affectation exclusive et prioritaire de ce véhicule à la signalisation. Enfin, une zone de travail aussi large que possible, malgré une priorité de rétablissement de la circulation normale. Il ne faut pas perdre de vue que les impératifs des différents intervenants sont parfois antagonistes : les pompiers veulent de l’espace pour déployer leur matériel, et les médecins du temps pour stabiliser les victimes. La police judiciaire veut maintenir les lieux en état, mais la police des autoroutes veut rétablir la circulation normale au plus vite ! Pour la petite – et mauvaise – histoire, rappelons qu’un organisme de défense des automobilistes avait récemment suggéré de déplacer au plus vite des voitures accidentées vers le bas-côté de la route, avec leurs occupants, morts ou blessés, de façon à rétablir au plus tôt la fluidité du trafic…

Un véhicule est alors conçu et mis en service en 2001. Il s’agit d’un Mercedes Sprinter de couleur jaune RAL 1016 doté d’un grand panneau rabattable garni d’une flèche lumineuse orientable ou permutable en croix, ainsi que de nombreux feux flash. Le nom du véhicule,  « Ringo » provient du Ring 0, rocade périphérique extérieure à la région bruxelloise, sur laquelle les pompiers de Zaventem sont souvent appelés. L’engin intervient d’office sur les autoroutes, voies à deux fois deux bandes, et routes nationales. Sur ces dernières, la vitesse maximale autorisée peut atteindre 90 km/h. Son équipage de deux personnes est doté de tenues haute visibilité classe III (EN 471) et se consacre exclusivement à des tâches de balisage et de signalisation sur place, l’une des deux regardant toujours la circulation en approche et restant en contact radio permanent avec le chantier. Ce véhicule sera remplacé dans les prochaines semaines par un engin similaire doté d’un fléchage télescopique et de dispositifs ergonomiques permettant une manipulation plus aisée des cônes.

Une nouvelle réglementation

Le 27 avril 2007, un arrêté royal confère les compétences d’agent qualifié aux membres intervenants des services publics d’incendie et des services de la Protection civile en matière de sécurité et de fluidité du trafic. En d’autres termes, les pompiers, ambulanciers-pompiers et agents opérationnels de la Protection civile peuvent régler la circulation routière sur les lieux d’un accident sur voie publique en attendant l’arrivée des services de police compétents. Il est à noter que les ambulanciers non-pompiers et les équipes de SMUR ne bénéficient pas de cette compétence. Régler la circulation s’entend au sens large, incluant le déplacement de véhicules non accidentés à l’arrêt ou en panne, mais aussi après le départ des forces de police, si les pompiers sont toujours sur place. Le texte légal clarifie enfin une situation un peu floue, qui avait eu comme conséquence qu’un commandant des opérations de secours avait risqué plus d’une fois de se retrouver inculpé pour avoir bloqué une ou plusieurs bandes de circulation afin d’assurer la sécurité de ses hommes. Car, pour la loi, il avait « constitué une entrave grave à la circulation » ! D’autres accidents similaires ayant entre-temps affecté des pompiers, des ambulanciers et même des policiers sur des voies rapides de circulation, le Centre fédéral de Connaissances pour la sécurité civile, récemment créé au sein du service public fédéral (nouvelle appellation d’un ministère de l’Intérieur en Belgique), se mit à l’ouvrage en décembre 2010. Une équipe pluridisciplinaire se lança dans la rédaction d’une Procédure opérationnelle standardisée concernant la sécurisation des incidents sur la voie publique. Elle se basa sur une procédure élaborée quelques années auparavant au niveau local par les pompiers de Halle, dans le Brabant flamand, en collaboration avec la police locale et la police fédérale. Le but de cette procédure était de donner des consignes précises au personnel amené à intervenir sur la voie publique lors d’incidents ou d’accidents ayant une incidence sur la circulation routière. Elle décrit en fait les moyens de protection individuelle et collective à utiliser et la façon de les mettre en œuvre. Chaque cas pratique est envisagé, de même que l’ordre de succession des véhicules à engager. Le véhicule de balisage doit se positionner à au moins 100 mètres en amont de l’accident, tous les autres engins intervenants en aval. L’accent est mis sur la façon de baliser la zone sécurisée (cônes de circulation pour la protection latérale de la zone sur toute sa longueur, flèches directionnelles jaunes et feux clignotants en amont de la zone). Il est à noter l’injonction d’éteindre tous les feux bleus des véhicules à l’intérieur de la zone sécurisée dès que celle-ci a été balisée, ceci afin d’éviter l’effet « arbre de Noël ». En matière de protection individuelle, le personnel chargé d’installer les moyens de signalisation porte des vêtements de visibilité de classe III selon la norme EN 471, et de classe II pour tous les autres intervenants actifs dans la zone sécurisée. Le contenu du projet de cette procédure opérationnelle a été évalué lors d’un exercice « grandeur nature » organisé en pleine circulation sur le Ring 0 de Bruxelles, à hauteur de Beersel le 9 avril 2011. Tous les cas de figure ont été reproduits, de jour comme de nuit. L’exercice a été filmé et les images sont intégrées aux programmes de formation dispensés dans les écoles provinciales du feu et les centres de formation en aide médicale urgente. La procédure est validée par une circulaire ministérielle, ce qui la rend moins rigide qu’un arrêté. De plus, sa durée de validité est d’un an, ceci afin d’en adapter le contenu en fonction des retours d’expérience et de l’évolution technologique des matériels.

 

Un véhicule standardisé

Parallèlement à la rédaction de cette procédure standardisée, les services techniques du département de l’Intérieur élaborèrent un cahier des charges relatif à un véhicule de signalisation compact (4x2), de type camionnette, n’excédant pas une masse totale en charge de 3,5 tonnes, et pouvant amener rapidement sur les lieux d’un accident de la circulation deux équipiers ainsi que du matériel de balisage et de signalisation. Parmi les caractéristiques de ce véhicule, quelques éléments sont importants comme la couleur rouge RAL 3020, un moteur diesel d’une puissance d’au moins 100 kW, et une porte d’accès latérale au compartiment matériel, de type coulissant de chaque côté du véhicule. Côté feux lumineux, il y a deux feux bleus omnidirectionnels de type LED, quatre feux bleus unidirectionnels (deux sur la calandre avant, et deux vers l’arrière, sur la partie haute), une rampe de signalisation directionnelle à l’arrière, de type LED avec au moins cinq feux orange et un panneau rabattable sur le toit, commandé électriquement, d’au moins un mètre carré de surface, avec feux bleus et flèche ou croix orange. Le matériel emporté est considérable : quarante cônes de signalisation de 75 cm de haut, seize lampes de signalisation synchronisables en cascade, dix torches de détresse à combustion, deux chariots de transport des cônes, deux écrans cache-victime, une tente gonflable… et la liste n’est pas exhaustive. Ce marché a été ouvert en novembre 2011 et les premiers véhicules seront disponibles fin 2012. Malheureusement, un zébrage jaune réfléchissant rouge sur toute la surface arrière des véhicules, les différentiant des véhicules d’entretien n’a pas été accepté par le service public fédéral « Mobilité et transport ». Si l’option d’un véhicule spécial de balisage à vocation unique et équipage réservé peut être retenue par les services d’incendie à casernement unique, bien que des effectifs toujours plus réduits poussent à la polyvalence journalière du personnel, il en va autrement pour les grands corps gérant plusieurs casernes. À titre d’exemple, le service d’incendie et d’aide médicale urgente de la Région de Bruxelles-Capitale est articulé en une caserne centrale et sept postes avancés. Tous couvrent des voies rapides de circulation dans leur zone d’intervention respective. L’achat de dix véhicules de balisage, dont deux de réserve, serait d’un point de vue économique difficilement défendable, d’autant que la signalisation ne constitue pas une mission de base des pompiers. De plus, leur mise en œuvre serait aléatoire quand on sait qu’il n’y a parfois, dans certains postes, que trois conducteurs pour armer sept engins… N’oublions pas que la généralisation des autopompes mixtes (l’équivalent des FPTSR français) a permis « d’économiser » les deux opérateurs du camion de désincarcération. En réaffecter deux autres à la camionnette de balisage ferait grincer des dents ! Dès lors, les gros camions-citernes de 8 000 et 14 000 litres, et appartenant aux postes les plus proches de voies rapides de circulation, ont été dotés de matériel de signalisation sous forme de panneaux à flèche rabattables. L’inconvénient est qu’ils sont plus lents et arrivent donc souvent après l’ambulance. En revanche, ils sont bien plus lourds qu’une camionnette de balisage et constituent donc un butoir plus efficace en cas de sur-accident. De plus, le choix d’un véhicule d’une masse maximum autorisée de plus de 8 tonnes a été retenu par les régions wallonne et flamande pour les véhicules absorbeurs de choc protégeant les chantiers mobiles qui gênent momentanément la circulation. En cas de sur-accident, il ne faudrait pas qu’un véhicule de balisage trop léger vienne percuter les intervenants en aval, d’où également l’imposition d’une zone tampon dégagée sur 100 mètres. Les pompiers belges ont pris le taureau par les cornes pour faire cesser l’hécatombe. Se sont des solutions peu coûteuses, et efficaces. Les VSR et les FPTSR français sont aussi des solutions d’intervention et de secours avec un balisage efficace. Restent l’idée des véhicules tampons et d’une procédure…

© Par Francis Boileau, Directeur adjoint (ER) des pompiers de Bruxelles
© Robert Dekock - Accident de circulation à Anderlecht le 19 mars 2008.
© Xavier Schepman - ne autre version de ce véhicule spécifiqe de balisage et de signalisation conçu par les services de secours belges, en service à Vilvoorde.
© Francis Boileau - À côté du véhicule, des vêtements à haute visibilité de classe III fabriqués par le confectionneur belge Sioen.
© Francis Boileau - Le camion-citerne de 14 000 litres équipé d’une rampe de balisage par les pompiers de Bruxelles.